Histoire politique et statistique de l'Aquitaine

Publié le 21 Avril 2016

Après la mort du duc de Guise, Anne de Levy, comte de Lavoute, fils du duc de Ventadour, avait été envoyé comme gouverneur dans le Limousin. Il sut entretenir cette province dans l'obéissance, et y faire rentrer quelques-unes de ses villes qu'on avait égarées. Ainsi Tulle et Brive avaient embrassé le parti de la Ligue, à la sollicitation d'Edme d'Hautefort. Le comte de Lavoute assiégea cette dernière ville; et, après l'avoir prise par escalade, il en fit passer toute la garnison au fil de l'épée. Cet acte de sévérité amena bientôt la soumission de Tulle, ainsi que l'évacuation d'Eymoutiers et de Bellechassagne par les ligueurs. Mézeray observe que M. de Lavoute fut bien secondé dans son entreprise par l'adresse et le courage des Verthamont, fort autorisés en ce pays-là. Après la journée des barricades, Guillaume de Verthamont, général des finances, prévoyant que la guerre civile allait s'allumer par toute la France, était accouru à Limoges, pour avertir ses concitoyens du danger auquel ils allaient être exposés, et les engagera se tenir sur leurs gardes. Quelques jours après, Verthamont du Mas-du-Puy, son neveu, à la tête des bourgeois, repoussa le capitaine d'Hautefort qui s'était présenté au nom de la Ligue. Etant allé ensuite attaquer la cité que l'évêque Henry de La Martonie avait entraînée dans ce parti, il réussit à l'en détacher, mais il lui en coûta la vie; il fut tué dans cette attaque, d'un coup de mousquet. Lorsque les Seize, qui gouvernaient la capitale eurent appris ce qui se passait à Limoges, ils firent arrêter les deux fils de Guillaume de Verthamont, qui y étudiaient, pour les empêcher d'aller, dans leur pays, augmenter le nombre des amis du roi. Après le départ du comte de Lavoute, le parti de la Ligue se forma de nouveau dans la cité, et un peu dans la ville de Limoges. Eymeric de Vic, maître des requêtes, qu'on y avait envoyé pour servir de conseil à ce jeune gouverneur, voyant que les esprits commençaient à s'échauffer, lui écrivit pour l'inviter à revenir au plus tôt, mais avec peu de suite, afin de n'inspirer aucune défiance. Le gouverneur étant arrivé, tout paraissait être rentré dans l'ordre ; et l'on fut assez tranquille, jusqu'à ce que la Ligue se crût en état de se déclarer. L'évêque La Martonie s'était concerté à cet effet, soit avec ceux des bourgeois qu'on avait pu séduire, soit avec plusieurs seigneurs du pays ou des environs, tels que Louis de Pompadour, Villequier-La-Guierche, gouverneur de la Marche, le baron de Gimel, Jean Chapt de Rastignac, les deux Lozières, Lavelle, La Capelle-Biron, La Bastide et autres. Les conjurés avaient pris jour pour le 15 octobre. Leurs troupes arrivèrent le soir, un peu tard ; elles se logèrent dans le faubourg Boucherie, et se saisirent du couvent des Jacobins. Le lendemain, jour de dimanche, tandis que le comte de Lavoute était à l'hôtel-de-ville, son logis fut investi par une multitude armée, criant : Liberté et la potence. Ces factieux n'ayant pas trouvé chez lui le gouverneur, se saisirent de l'église de Saint-Michel, et dressèrent des barricades. Le consul Pinchaud étant accouru pour contenir la multitude, fut massacré, et un autre de ses collègues fut blessé dangereusement. M. de Lavoute, informé de cette révolte, fait avertir en secret les bourgeois bien intentionnés; il s'assure en même temps d'une des portes de la ville par où les mutins pouvaient être secourus par les ligueurs nouvellement arrivés. En moins de deux heures, environ cinq cents bourgeois bien armés viennent le trouver au consulat. S'étant mis à leur tête, il marcha aussitôt contre les révoltés, et parvint à les dissiper. Le lendemain, de grand matin, on fit une sortie contre les ligueurs, qui étaient maîtres du faubourg Boucherie. On les en chassa; quatorze maisons furent brûlées dans cette action, et les ligueurs furent contraints de s'éloigner. On arrêta les principaux chefs de la sédition : il y en eut six de pendus, sur la place même où le consul avait été tué. L'évêque s'était enfui avec Pompadour. La cité, défendue par la Vienne et le palais épiscopal, ouvrit ses portes au vainqueur. On dressa une liste des riches bourgeois qui s'étaient mal conduits dans cette circonstance. Le roi, qui était alors dans un grand besoin d'argent, se contenta de les faire contribuer, par de grosses amendes, aux frais de la guerre.

Source : Joseph de Verneilh-Puyraseau, Histoire politique et statistique de l'Aquitaine, 1827, 549 p.

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