L'invasion Calviniste en Bas-Limousin

Publié le 22 Avril 2016

Le vicomte de Turenne voulait lui-même entrer hardiment en campagne; ignorant encore la tactique militaire, il appela dans le Bas-Limousin un vaillant capitaine, Pierre de Chouppes, originaire du Poitou, qui possédait par son mariage de grands domaines en Périgord. Chouppes mena sa petite armée vers Tulle, dont il s'empara facilement et qu'il ne voulut abandonner qu'après avoir obtenu des Consuls une forte rançon. Prenant ensuite le commandement des troupes, Turenne se dirigea vers le sud et se rendit maître du château de Puygailhard, propriété du vicomte de Bruniquel. Il enleva Réalville, après un brillant assaut, et fit une entrée solennelle à Montauban, où les Huguenots le proclamèrent Lieutenant-général des Confédérés en Guyenne : « Néantmoins, dit-il dans ses mémoires, la confiance n'y estoit pas entière, à cause que j'avois plusieurs catholiques, et moi-même qui l'estoy, faisant dire la messe dans ma chambre, de quoy s'offensoient ceulx de la religion de voir cela introduit à Montauban. » Les jaloux l'appelaient avec mépris le papiste; mais il ne tarda pas à congédier ses aumôniers et à faire une profession de foi calviniste; à dater de ce jour, le Bas-Limousin va ressentir toutes les horreurs de la guerre civile. La funeste influence du vicomte de Turenne s'exerça tout d'abord sur le sénéchal et sur le gouverneur. Les habitants de Limoges. « peu rassurés sur les desseins de leur gouverneur, et mis en garde par la composition de.son armée, lui fermèrent les portes de leur ville. Pour avoir raison de ces prétendus rebelles, Ventadour demanda main forte à Langoyran, que le pillage de Périgueux avait rendu redoutable et, sur son refus, il s'adressa au vicomte de Turenne, son neveu; mais bientôt il changea d'avis et donna contr'ordre. » Le maire et les consuls de Limoges portèrent leurs do.léances aux pieds du Roi, faisant ressortir l'étrange conduite de ce sénéchal et de ce gouverneur catholiques, qui faisaient appel aux plus féroces chefs des Huguenots, pour châtier la ville dont ils avaient la garde. Henri III écrivit, le 11 février 1576 à François de Lambertie : « Monsieur, Pour ce que je suis adverty que les forces qui sont en mon pays de Limousin veullent entreprendre sur ma ville de Limoges, j'ai avisé d'envoyer le Sr de St-Maigrin pardelà pour admonester le Sr de Chamberet, gouverneur, de ma part, et les habitants pour faire debvoir de se garder; mais d'aultant que je crains qu'ils se trouvent faibles et mal garnis de soldats et de gens de guerre en ladicte ville, n'ayant voulu ci devant les compagnies que je lui ai envoyées, je viens vous prier de me faire service agréable de les vouloir assister et soutenir de tout ce qui vous sera possible, et mesme d'y aller avec le plus grand nombre de vos amis et de vos vassaux que vous pourrez assembler... Henry. » On voit dans cette lettre à Lambertie qu'Henri III blâmait énergiquement la conduite de Chamberet; on voit aussi que la conspiration du duc d'Alençon le préoccupait à juste titre; il ne savait plus à qui donner sa confiance et dans son incertitude, au lieu d'envoyer en Limousin un vieux général, comme aurait fait Charles IX, il envoya Saint-Maigrin, l'un de ces jeunes mignons que la France entière méprisait et chansonnait. La lettre d'Henri III est datée du 11 février, huit jours après un événement qui redoubla les inquiétudes du Roi. Parmi les trois princes du sang royal qui devaient résider à la cour, le prince de Condé s'était évadé en 1574 et le duc d'Alençon en 1575. Le roi de Navarre restait seul, menant une existence inoccupée, qui ne s'accordait pas avec son caractère et ses goûts. Il s'enfuit, le 3 février, laissant au Louvre sa femme et sa soeur, et manifesta la résolution d'aller vivre en paix dans son royaume de Navarre; mais à Saumur, sur la demande des églises réformées, il revint au calvinisme et consentit à prendre le commandement des armées protestantes. En traversant la Guyenne, il vit « MM. de Langoyran et Vivant, qui estoient demourés en dispute sur le gouvernement de la ville de Périgueux; » le prince de Béarn décida qu'ils iraient tous les deux « avecques de très belles trouppes joindre M. le duc d'Alençon », et Périgueux eut alors pour gouverneur un des principaux conquérants de la ville, Bernard de Arros. Vivant et Langoyran partirent aussitôt pour le Bourbonnais et trouvèrent autour du prince de Condé les plus intrépides chefs Huguenots des diverses provinces de France, tous excitaient Monsieur à recommencer immédiatement la guerre; Henri III, justement inquiet, donna l'ordre au duc de Guise de renforcer l'armée royale, en levant de nouvelles compagnies; le duc écrivit, le 3 avril, à Henri de Saint-Sulpice : « Monsieur, je suis toujours après, pour mes compagnies, et m'a promis le roy qu'elles seront entretenues. Je faitz tout ce que je puys pour leur payement, encore que l'on parle toujours de la paix. St Luc m'a mandé que la sienne est preste; je vouldrois que lavostre le fust aussi bientôt, affin que nous en puissions servir incontinent... » Henri de Saint-Sulpice, à qui cette lettre fut adressée, et François de Saint-Luc, dont il est ici question, appartenaient au groupe des Mignons, comme Saint-Maigrin; le roi, qui se croyait entouré de conspirateurs ou d'ennemis, mettait ses favoris dans tous les organes essentiels du pouvoir; eux seuls avaient conservé sa confiance.

Source : Richard de Boysson, L'invasion Calviniste en Bas-Limousin : Périgord et Haut-Quercy, 1920, 458 p.

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