Le temps des guerres de religion

Publié le 21 Avril 2016

Le quatorze juin 1580, Henri III désigna Edme de Hautefort, lieutenant général en haut et bas Limousin, sans relever Ventadour. L'année suivante, Hautefort fut institué gouverneur et sénéchal de Limousin pour en jouir à la mort de Ventadour. Ce fils puîné de Jean de Hautefort et de Catherine de Chabannes était devenu l'héritier universel et le seul représentant du lignage après le décès de son frère aîné Gilbert, le 28 mai 1569. Seigneur de Thenon, chevalier de l'ordre de Saint-Michel, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, capitaine de cinquante hommes d'armes, Hautefort avait de solides états de carrière. Brantôme rapporte son accession au grade de maître de camp, "fort jeune enfant dans l'armée de Piedmont". En 1576, il commandait six compagnies de gens de pied dans ce régiment sous l'autorité de Gaspard de Saulx-Tavannes. L'homme était un homme de guerre, un capitaine, comme son Périgord natal et la Gascogne en secrétèrent tant. À peine installé, il passa l'été 1580 à guerroyer en bas Limousin afin de se saisir des forts tenus par les protestants et leurs alliés. Il enleva les places de La Chapelle, Aubazine, le Bigeardel, la porte de Lissac, posta des garnisons à Sadroc, Damphnac, Allassac et convoqua les villes du bas Limousin à Brive. Au cours de la réunion, il rappela ses victoires récentes, exposa l'état des forces en présence, son désir de réduire l'adversaire. Pour réaliser le dernier point de son programme, il sollicitait une aide financière des participants. Toutes les villes du bas Limousin étaient représentées, toutes refusèrent de lui allouer le moindre denier. Elles développèrent un argumentaire classique, dépeignant une province exténuée, ruinée par vingt ans de guerre. En fait, les consuls et les syndics refusaient de s'associer à une démarche militaire, hostile au duc de Ventadour et au vicomte de Turenne. Elles préfèraient s'aliéner le nouveau lieutenant général que les véritables maîtres du bas Limousin et surtout le vicomte de Turenne. Entre l'autorité instituée du Roi et l'autorité traditionnelle reconnue à Turenne, les hommes du bas Limousin ne balancèrent pas et laissèrent Hautefort bien seul. Au début de sa mission, Hautefort mobilisa sa parenté. Ses deux beaux-frères Jean de Cugnac marié à sa sœur Antoinette le 10 novembre 1555, Adrien Chapt de Rastignac époux de Jeanne d'Hautefort depuis 1564, leurs enfants Jean-Chapt et Peyrot Chapt le servirent avec Jean, Mercure et Antoine de Saint-Chamans. À ce premier noyau familial qui seconde Hautefort dans toutes ses pérégrinations militaires, des confins de l'Auvergne durant l'hiver 1580 au siège de Sarlat en 1585, s'agrégèrent quelques transfuges de la clientèle de "Monsieur", libres de tout engagement après sa mort. En effet, la disparition de François d'Alençon entraîna en bas Limousin un reclassement des nobles catholiques. L'événement le plus important fut le ralliement du vicomte de Pompadour à Edme d'Hautefort. Plusieurs amis, dont François Royère, seigneur de Lom et Élie de Roffignac, co-seigneur d'Allassac le suivirent. À cette date et avec de telles adhésions, Hautefort a rompu son isolement initial en bas Limousin, mais sans profit pour Henri III, puisque son lieutenant et ses amis rejoignent la Sainte Union. Edme de Hautefort entretenait depuis longtemps, des relations avec la maison de Lorraine. En 1566, il avait suivi François de Guise en Hongrie, contre le Turc. Les liens persistèrent et les années 1580 marquèrent leur resserrement. Le 22 février 1583, Edme parapha le contrat de mariage de Charles de Lorraine, duc d'Elbeuf et Marguerite de Chabot. En Limousin, dans le cadre de sa tâche de lieutenant général, Hautefort fît d'un zélé catholique, le briviste Antoine de Lestang, son homme de confiance. Son basculement progressif dans le camp de la Ligue devint officiel lorsqu'en 1586 il reçut le gouvernement de la Champagne pour la Sainte Union et entra au Conseil de la Ligue. Alors Henri III le révoqua en juin 1588 et le décréta d'arrestation au lendemain de la double exécution de Blois. Hautefort se détacha de son roi entre 1581 et 1585. Sa fidélité passée avec la maison des Guise, que Turenne rapporte dans ses Mémoires, facilita sa prise d'armes en faveur de la Ligue. Elle le conduisit à adopter un cheminement comparable à celui des nobles beaucerons qui, par fidélité envers les Bourbons, avaient adhéré au protestantisme. La défection d'Hautefort laissait Henri III esseulé. Par deux fois, son gouverneur et son lieutenant général s'étaient montrés hostiles. Gilbert de Ventadour avait embrassé la cause de François d'Alençon et depuis sa disparition, il n'avait pas rejoint le camp royaliste. Il s'essayait aux subtilités politiques de son beau-frère Montmorency-Damville, sans en posséder l'envergure et il acceptait de fait, la supériorité de Turenne, le véritable maître du bas Limousin. Hautefort ne s'était pas lancé dans de tels jeux. Homme de fer et de foi, il avait servi Henri III avec vigueur, avant de s'en détourner et de placer son épée au service des Guise et de la Ligue. Pour Henri III, toutes les tentatives imaginées pour recouvrer son autorité en Limousin s'effondraient. Il assistait à l'évanouissement de son autorité dans une province où la majorité des nobles restait royaliste. L'échec du souverain résidait là, dans son incapacité à mobiliser sa noblesse. La situation n'est pas propre au Limousin. Elle se rencontre dans presque tout le royaume et traduit, autant qu'elle l'alimente, le profond discrédit dans lequel Henri III était tombé aux yeux de bien des nobles. Ils refusaient de le servir et il parait utile d'éclairer cette défaillance délibérée des nobles vis-à-vis de leur souverain. Le refus de servir le roi, un pan souvent négligé des attitudes des nobles, doit être placé au centre de l'analyse, fondée sur une documentation solide. Le refus de servir : la fidélité en question? Le 30 mars 1585, les Ligueurs lancent le manifeste de Péronne. Maîtres de nombreuses provinces, ils menacent sérieusement Henri III. Le roi se résout alors à des pourparlers confiés à sa mère. D'avril à juin 1585, Catherine de Médicis "négocie" avec Guise le traité de Nemours, très humiliant pour la monarchie. Dans le même temps, Henri III se tourne vers ses fidèles et les charge de mobiliser leurs amis et alliés pour le secourir.

Source : Michel Cassan, Le temps des guerres de religion : le cas du Limousin (vers 1530-vers 1630), 1996, 463 p.

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